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Configuration Anti-Hallucination : Fiabiliser vos LLM

Imaginez que vous montiez dans un taxi dans une ville inconnue. Vous donnez votre destination, et le chauffeur démarre avec une assurance totale. Sauf qu’au lieu de suivre le GPS ou de connaître les rues, ce chauffeur a une étrange maladie : s’il ne connaît pas le chemin, il l’invente. Il tourne à gauche parce que “statistiquement”, c’est souvent à gauche qu’on tourne. Il vous dépose devant un terrain vague en vous jurant que c’est votre hôtel.

C’est exactement ce qui se passe avec un modèle de langage (LLM) mal configuré.

Depuis le choc de ChatGPT en 2022, nous avons appris une leçon coûteuse : les IA génératives ne sont pas des bases de données de vérités, mais des moteurs de probabilités. Elles sont conçues pour prédire le mot suivant le plus plaisant, pas le plus vrai.

La configuration pour un risque minimal d’hallucination est l’art de transformer ce “poète probabiliste” en un “bibliothécaire rigoureux”. Ce n’est pas un bouton magique, mais une architecture complexe mêlant paramètres techniques, ancrage documentaire (RAG) et validation humaine.

Le Problème : Pourquoi l’IA ment-elle avec autant d’aplomb ?

Pour configurer correctement un système, il faut d’abord comprendre la nature du “bug”. Les hallucinations ne sont pas des erreurs de calcul, ce sont des fonctionnalités du design des réseaux de neurones.

Le mécanisme de la “bavardage probabiliste”

Un LLM fonctionne en assignant des poids à des neurones. Lorsqu’on lui pose une question, il ne cherche pas la réponse dans une encyclopédie interne. Il calcule : “Après les mots ‘Capitale de la France’, quel mot a la plus haute probabilité d’apparaître ?”. Souvent, c’est “Paris”. Mais si vous lui demandez “Le résultat financier de l’entreprise X en 2028”, il va générer un chiffre plausible, car ses poids neuronaux lui disent qu’après “résultat financier”, il faut un montant en euros, pas un silence.

Le biais de plausibilité

Le danger majeur réside dans ce que les experts appellent le biais d’énonciation plausible. Les hallucinations sont souvent grammaticalement parfaites et logiquement structurées. Elles ont l’air vraies. En 2023, des avocats se sont fait piéger en citant des jurisprudences totalement inventées par une IA, car le texte ressemblait à s’y méprendre à du jargon juridique valide.

L’évolution de la fiabilité

La bonne nouvelle, c’est que la “folie” des modèles se soigne.

  • 2022 : Les hallucinations sont massives et imprévisibles.
  • 2023 : Apparition des techniques de RAG et des benchmarks comme le Vectara Ranking.
  • 2024-2025 : Les modèles de pointe (comme les versions avancées de GPT-4 ou Claude 3.5) passent sous la barre des 2% d’hallucinations brutes, et des modèles spécialisés comme Gemini Flash atteignent 0.7% sur des tâches spécifiques.

Cependant, 0.7% d’erreur dans un diagnostic médical ou un contrat financier, c’est encore trop. C’est là qu’intervient la configuration avancée.

Comment ça Marche : L’Architecture de la Vérité

Minimiser les hallucinations demande de passer d’un modèle “cerveau isolé” à un système “cerveau connecté”. Voici comment structurer cette configuration.

Le Flux de Vérification (RAG + Validation)

L’approche standard aujourd’hui est le RAG (Retrieval-Augmented Generation). Au lieu de laisser le modèle répondre avec ses connaissances d’entraînement (qui sont obsolètes et généralistes), on le force à lire des documents de référence avant de répondre.

graph TD
    A[Question Utilisateur] --> B{Recherche Documentaire}
    B -->|Récupération| C[Base de Connaissances]
    C -->|Extraits Pertinents| D[Construction du Prompt]
    D --> E[LLM : Génération]
    E --> F{Vérification de Cohérence}
    F -->|Validé| G[Réponse Finale]
    F -->|Douteux| H[Message : Je ne sais pas]
    
    style C fill:#e1f5fe,stroke:#01579b
    style E fill:#fff9c4,stroke:#fbc02d
    style F fill:#ffccbc,stroke:#bf360c

Les 3 Piliers de la Configuration

Pour atteindre un risque minimal, vous devez agir sur trois niveaux simultanément :

NiveauAction TechniqueAnalogie
ArchitectureRAG (Retrieval-Augmented Generation). Connecter le modèle à une base de données vectorielle (votre “Single Source of Truth”).Donner un manuel scolaire à l’élève et l’obliger à répondre uniquement en citant le texte.
ParamètresTempérature proche de 0. Réduire l’entropie pour que le modèle choisisse toujours le token le plus probable, sans “fantaisie”.Interdire au musicien d’improviser : il doit jouer la partition à la note près.
PromptingSystem Prompting strict. Instructions explicites : “Si tu ne trouves pas la réponse dans le contexte fourni, dis ‘Je ne sais pas’. N’invente rien.”Faire prêter serment au témoin de ne dire que la vérité, toute la vérité.

Guide de Mise en Œuvre

Voici les étapes concrètes pour configurer un système robuste, inspirées des meilleures pratiques 2025.

  1. Ancrage Temporel et Contextuel Les modèles confondent souvent les époques. Une configuration robuste injecte un timestamp explicite dans le prompt système : “Nous sommes le 2 février 2026. Tu es un assistant qui répond en se basant uniquement sur les documents fournis ci-dessous.”. Cela évite que le modèle ne parle d’événements de 2021 comme s’ils étaient futurs.

  2. Réglage des Hyperparamètres (Le “Thermostat”)

    • Température : Réglez-la entre 0 et 0.3. À 0, le modèle est déterministe (même question = même réponse). Au-delà de 0.7, le risque d’hallucination explose.
    • Top-P (Nucleus Sampling) : Restreignez l’échantillonnage. Si vous visez la précision factuelle, un Top-P bas (ex: 0.1) force le modèle à ne considérer que les mots les plus sûrs.
  3. Implémentation du “Refus de Répondre” C’est contre-intuitif, mais un bon système doit souvent échouer. Vous devez configurer un seuil de confiance. Si le modèle ne trouve pas de correspondance forte dans la base de connaissances (score de similarité bas dans le RAG), il doit être programmé pour répondre : “Je ne dispose pas de l’information nécessaire” plutôt que de tenter une réponse.

  4. Boucles de Validation (Self-Correction) Pour les cas critiques, utilisez une architecture “Juge/Avocat”. Un premier appel LLM génère la réponse. Un second appel LLM (avec un prompt différent) relit la réponse et vérifie si chaque affirmation est soutenue par le document source. Si le “Juge” détecte une hallucination, la réponse est rejetée ou régénérée.

Applications Concrètes par Secteur

La tolérance à l’hallucination varie selon l’usage. Voici comment la configuration s’adapte.

Le défi : Une citation de loi inventée peut ruiner un dossier.

Configuration Spécifique :

  • RAG Strict : Le modèle n’a aucun droit d’utiliser ses connaissances internes. Il ne fait que reformuler les extraits de la base de données juridique fournie.
  • Citations Obligatoires : Le prompt force le modèle à insérer une référence [Source: Document B, Page 12] après chaque affirmation.
  • Vérification Humaine : 100% des sorties sont en “Draft mode” pour validation par un avocat.

Les Pièges à Éviter

Même avec les meilleurs outils, certaines erreurs de conception sont fatales.

À Retenir

Pour dormir sur vos deux oreilles en déployant une IA générative :

  1. L’hallucination est inévitable mais gérable : Visez la mitigation, pas l’élimination totale (sauf avec validation humaine).
  2. Données > Modèle : La qualité de votre base de connaissances (RAG) est plus importante que la puissance du modèle utilisé.
  3. Transparence radicale : Le système doit citer ses sources et admettre son ignorance.
  4. Configuration froide : Baissez la température, limitez le Top-P, cadrez le système.
  5. L’Humain dans la boucle : Pour les décisions critiques, l’IA propose, l’expert dispose.

Notions Liées

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